Confessions intimes
Le 8 mai 2006, venant de m'inscrire sur GA et ne connaissant pas encore le caractère "sérieux" de ce site, j'envoyais mon message habituel à une cible de personnes ayant pour seul critère la tranche d'âge 18-25 ans : "salut, je cherche plan cam". Mon avatar ne présentait pas mon visage. Un jeune homme de 23 ans, me répond "si tu ne montres pas ta tête, c'est niet" à quoi je réponds "bah ce sera niet alors..." Là dessus s'engage une discussion sur GA puis sur MSN, et quand il me vit à la webcam, il dit ces quelques mots qui prouvent que Cupidon est passé par là.
Le mois suivant, de passage dans le sud, je m'arrête chez lui. La première vision de lui en réel m'a transportée de bonheur, j'étais amoureux d'un homme pour la première fois...
Puis à l'occasion de mon anniversaire le mois suivant, il me rendit visite. Nos sentiments étaient alors à leur quintessence. Il fallut trouver un moyen de nous rapprocher, c'est ainsi qu'il quitta son sud adoptif pour me rejoindre en région parisienne et travailler dans la même entreprise que moi.
Ce fut la période de nos petits rendez-vous secrets, d'une complicité à cœur et à corps perdus... mais déjà, je remarquai chez lui des changements de caractère brusques, de l'agressivité gratuite, une sorte de mauvaise foi traduisant une révolte interne. Tel un chat que l'on caresse et qui ronronne de plaisir et qui mort et sort ses griffes à l'occasion d'un mouvement qui lui semble un peu brusque. Nous appelions cela des "crises".
Le tournant eu lieu le 7 juillet 2007.... 7-7-7 le gros lot aux machines à sous.... A l'occasion d'une discussion anodine sur la couleur d'une chemise ou d'un retard à un rendez-vous, la bombe a explosé en lui, le diable s'est insinué sous sa peau, et un déferlement de violence s'abattit sur moi.
Ce fut la rupture.
Puis, l'éloignement l'un de l'autre, la solitude de nos cœurs nous a réunit à nouveau, puis séparé, puis re-réunis... Les crises d'intensité plus ou moins forte se firent plus fréquentes, venant aussi des deux cotés.
Puis un jour où j'étais distrait ou trop pressé de le retrouver, je laissais affiché sur l'écran de mon ordinateur un mail de lui, où il me déclarait son amour. ET ma femme le vit.
S'ensuit une période noire très difficile pour moi, où la pression psychologique atteint son paroxysme. J'étais pris dans un étau, subissant la pression de chaque personne pour que je fasse un choix et que je quitte l'autre.
Cette pression devint vite insupportable, trop culpabilisante, j’avais l’impression d’être un bourreau, un sadique se délectant du mal qui fait à l’autre. Il fallu faire un choix.
Un terrible choix où l'on doit s'amputer d'une partie de soi même, où l’on doit choisir de laisser un bras ou une jambe...
Il me sembla plus juste de quitter mon homme dans le seul but de lui rendre sa liberté afin qu'il profite de sa jeunesse, de sa stabilité matérielle et qu'il puisse s'épanouir dans son homosexualité et qu'il ne s'enferme plus dans notre relation sans issue qui l'étouffait de plus en plus. Son mal-être atteint alors son apogée quand il s'aperçut qu'il était probablement bipolaire. Certainement en phase maniaque, il s’en prit à sa meilleure amie et la culpabilité qui s’en suivit l'anéantit complètement et le fit sombrer dans des troubles comportementaux alimentaires.
Puis à l'occasion d'un voyage de ma femme, nous avons vécu nos derniers moments de complicité et d'amour avant de nous dire au revoir... avec comme promesse mutuelle de rester bons amis, pour toujours.
Il commençât donc en toute légitimité, à sortir, à rencontrer des gens, des amants potentiels.
Une sorte de curiosité salutaire pour moi, me poussait à lui poser des questions auxquelles il avait de plus en plus de mal à me répondre.
N’était-ce pas simplement pour moi une manière de vivre et de prolonger notre amour par procuration ? Plutôt qu’une curiosité malsaine, je pense que je ressentais une sorte de joie interne de voir voler mon oisillon de ses propre ailes, ou bien la joie d’avoir donné ou re-donné la vie à un être bien aimé, comme si on lui avait fait don d’un rein.
Vint alors une ultime crise où il est tellement persuadé de comprendre ce que je ressens alors qu’il en est à mille lieues. Où il fait abstraction de tout ce que je peux dire et encore ressentir pour lui et comme à chaque fois il devient méchant et irraisonnable.
Je coupe court à cette discussion par un "tu me saoules!"
Je lui envoie un mail titré "The end" où je déverse mon fiel, où j'écris tout ce que je n'osais plus dire de peur de nouvelles "crises". Un mail sincère que je savais extrêmement blessant pour lui, mais je pense plutôt juste en ses termes. Un mail, où malgré tout, je ne fermais pas la porte entre nous. Simplement un point de bifurcation de nos vies qui n'empêche pas la naissance de routes jointives.
Sa seule réponse fut "merci" et l'effacement de mon nom de ses contacts MSN.
Là-dessus, il envoie un mail à notre groupe de musique commun, pour faire part de son départ provisoire. Mail où il dit avec courage et dignité la mauvaise passe qu’il traverse. Il ne m’y met pas directement en cause, même s’il cite mes mots. En cela je le remercie et lui en serait éternellement reconnaissant.
Je voulais simplement lui crier ce soir mon amour éternel et le conjure de m’entendre.
Et que l’on n’attende pas notre dernier rendez-vous sous l'olivier pour parler…
Steve, je t'aime.